Le pied de l’enfant qui touche terre

Le pied de l’enfant qui touche terre

Neuf mois à passer des étoiles à l’eau, pour avoir les pieds qui touchent terre… Ce sont les enfants qui nous apprennent à devenir parents…

Par

Licence Creative Commons

Le pied de l’enfant qui touche terre

de Aurélia Dreulma - Tara Sol est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 non transposé.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.aurelia-dreulma-ecrivain.com/contact.



Vous êtes invité à imprimer, redistribuer, publier cet écrit, dans un but de partage altruiste uniquement. Toute modification est interdite, tout usage commercial est interdit sans autorisation écrite de l'auteur. Quelque soit votre mode de distribution, vous devez citer le nom et l'adresse web de l'auteur:
ainsi que la licence Creative Common ci-dessus. Pour intégrer la licence à votre site web, voici le code HTML qu'il vous faut:



Les droits d'auteur sont déposés à la SGDL, Paris

Le premier jour où tu m’as vue, tu m’as regardée, et tu m’as appelée « maman »…
C’est toi qui m’a appris… Avec tes yeux ronds, noirs, tu m’as parlé de toi, en m’offrant tes paysages à l’âme d’enfant… Enfant nomade né des ventres ronds féminins, tu parcours le monde et t’adapte à chaque mélodie culturelle. Les ancêtres de la planète bleue t’ont offerts le présent, et tu portes à ton tour l’avenir.

C’est toi qui m’as montré ce que c’est que… Être une mère. Fils de la vie, fils de mon cœur, fils de la planète Terre…

Tu n’es pas « t’es rien ». Tu n’es pas « mes peurs ». Tu n’es pas « mes désirs ». Tu n’es pas « mes projections ».

Fils tu appartiens à toi. Fils tu appartiens à Jah. Fils tu appartiens à la Terre et au Soleil. Fils tes racines sont la planète entière.

Tu es l’enfant Humanité, ton berceau est l’Afrique, ta couche est la terre, ton voyage est celui du Terrien, ton partage est avec tes sœurs et frères du peuple humain.
Ta nourriture vient du travail libre, du soleil qui sème, et de la terre qui crée, et toujours tu as cette mémoire jusque dans toutes tes cellules.

Mémoire ancestrale. Mémoire de Homo Sapiens. Mémoire de la création de l’univers. Neuf mois à passer des étoiles à l’eau, pour avoir les pieds qui touchent terre.
Ta mère n’a pas pu être là, elle est partie. Tu n’y es pour rien. Ton père t’a confié à moi, car il me connaissait, mais surtout, car tu m’as choisie.

Tes mains s’accrochaient à mes robes. Ta tête se posait sur mes genoux, à chaque fin de journée. Après dîner, tu dormais tout blotti dans mes bras, ou détendu sur les coussins, ta tête sur mes genoux, pendant que je terminais de manger et parler. Cela était en fonction du déroulement de ta journée,
de tes efforts, de tes aventures.

La maison sentait l’encens et la cuisine, les épices, le feu de bois. Une couverture de laine te protégeait du froid. Ainsi, plus tard dans la soirée, je te portais jusqu’à ton lit, où tes rêves magiques continuaient. Avant le repas tu te lavais et changeais de vêtements. Donc, sur ton cheval de guerrier,
tu pouvais t’envoler vers tes nouvelles aventures.

Tes pieds tapaient le sol pour grandir. Tes cheveux reflétaient la lumière. Les petits déjeuners tournaient souvent en blagues et rires, des gestes lents et endormis de chacun, des regards encore pleins de rêves.
Combien d’activités, de courses à pieds, de jeux, de devoirs, de déjeuner à discuter, de repas de fêtes, de danses! Ton aide à chaque chose que je faisais, ta gentillesse. Oui il y eu des colères et des non, tu en as eu, mais cela fait partie des apprentissages, alors pour montrer l’exemple, je restais calme, patiente, déterminée dans mes décisions, te faisant faire des exercices sportifs si nécessaire, de la marche à pieds aussi.

Combien d’énergie forte en un enfant, ce besoin de grandir, ces difficultés pour tout apprendre en même temps, entre canaliser tout ce plein de vitalité, les émotions, les apprentissages des coutumes et utiliser la vivacité de l’esprit, l’agilité, la dextérité, l’équilibre, le langage, les chiffres ; qui l’on est, d’où l’on vient, ce qui nous entoure, ce que l’on ignore, ce qui est de l’autre côté de la terre, les petites sciences, l’art de la ritournelle et de la répartie, la musique, la poésie, le dessin, la pêche aux coquillages et bien d’autres choses encore.

J’ai appris ainsi le paradis terrestre, la béatitude devant la vie, l’émerveillement si tendre d’une mère.

Tes efforts pour devenir un être indépendant, fort, à la hauteur de tes aspirations, méritent ce qu’ils gagnent avec cette simplicité d’exister, tel que tu es. J’ai souhaité que tu restes humble. Apprenant la patience, sans brûler les étapes. Nos rituels t’ont amené étape par étape à l’émancipation.

Un jour tu as voulu m’offrir des boucles d’oreilles, des pendentifs dorés et bleu turquoise.
Cela m’avait surprise, ton père aussi. Tu avais refusé de fabriquer le cadeau, pour montrer une autre façon d’offrir ce qui apparaissait merveilleux à ton cœur. Je ne me suis pas permise de refuser, ni d’interpréter. J’ai écouté, accepté, sans rien dire, en contemplant ton bonheur.
Je ne te parlais pas comme à un ami, pour préserver le dialogue, et les rôles de chacun.
Tes cris de joie à mes oreilles chaque matin. Ton appétit si plein de ton existence en vie. Tes rêves et espoirs confiés dans nos discussions. Ma main ferme de douceur sur laquelle t’appuyer.

Tes rires et joies me transportaient, chaque souci disparaissait. Je pouvais surmonter toutes les épreuves. Je pouvais surmonter l’absence de ton père. Je pouvais surmonter les injustices, les regards jugeurs aux opinions et critiques excessives. Je pouvais comprendre l’adoption, et les pères qui n’enfantent pas et qui pourtant sont pères.

Je pouvais aimer tous les enfants de la terre. Je pouvais voir en chaque adulte l’enfant qui avait appris à poser ses pieds sur la terre. Je pouvais aimer toute l’humanité jusqu’aux étoiles. Je pouvais comprendre, pardonner. Mais je ne pouvais pas tout accepter.

Je me sentais la force de dépasser les montagnes, de parcourir l’océan d’un bout à l’autre, de marcher au travers du désert, de te raconter les histoires les plus merveilleuses, car tu m’inspirais la magie du cœur.

La « re-co-naissance », du commun naissant. Toi aussi tu m’inventais des contes splendides. Ensemble on apprenait à se connaître. Avec toi je découvrais aussi qui je suis, je voyais mes réactions, mes questions, mes prises de conscience sur la condition humaine.

Mes doutes je ne t’en parlais pas, car je n’oubliais pas que tu étais un enfant. Il y avait la famille et les amis à qui je me confiais. Il n’y a pas que les parents qui élèvent un enfant et qui donnent une transmission. Ils n’ont pas un pouvoir ni un savoir démesuré. On ne sais pas tout, on ne fait pas tout,
on n’est pas le centre du monde… On ne peut pas être l’unique autorité, sinon les enfants manquent « d’oxygène », de liberté, d’apprendre à vivre en société et à ne pas avoir peur de tout le monde, ni à se sentir exclu ou supérieur du monde de l’humanité.

La famille entière, les voisins, le village, l’école, les amis, les nourrices, les rencontres, tous, contribuent à l’éducation et aux transmissions aux enfants. Cela n’enlève rien au rôle des parents, bien au contraire, car de toute façon, ils sont irremplaçables.
C’est à tes grands-parents que j’ai confié mes secrets. C’est aux anciens, à ceux qui ont l’expérience, à l’homme et la femme médecine, auxquels j’ai confié mes doutes et mes douleurs. De femme, et de mère. Toi, tu en avais le bénéfice, le résultat, le cadeau, dans notre relation de parent à enfant, car tu t’apaisais à chaque fois que tu me sentais heureuse, confiante en moi et mes décisions, et dans mes actes. Le silence prenait une ampleur musicale de ce bien-être, bien naître, réconfortant. Au cœur vivant, sans chaînes.

Tu exigeais que je prenne soin de moi, que je ne m’oublie pas, pour être toujours debout, femme, quoiqu’il arrive, pour être toujours là, toute la vie.
Tu comparais tes petits pieds aux talons ronds, aux miens plats et pleins de corne, en disant qu’un jour les tiens seraient plats et plus grands que les miens. Que tu taperais du pied le rythme pour danser sur la terre, jusqu’à faire mieux que moi. Secrètement, j’espérais vraiment que tu te donnerais le droit et l’objectif de faire mieux que moi et ton père.
Et tu avais raison, car être femme, être homme, c’est toute la vie, mais être parent, aussi…

On a tous des moments de faiblesse dans la vie, et un parent humble sait qu’il aura à être là pour son enfant ce jour venu où il verra sa progéniture dans la difficulté.
C’est à l’enfant de le découvrir, ce n’est pas au parent de lui dire… Et comment aurais-tu eu une réponse aux besoins d’un enfant, si je n’avais veillé sur toi, comme sur moi? Si je t’avais fait croire que je savais tout de toi et pour toi? Si je m’étais laissée mourir de faim, comment aurais-tu mangé après ma mort? Quelle force de vie t’aurais-je offerte? Quels espoirs pour ton avenir t’aurais-je offerts?

C’est très difficile d’être parent, d’être juste. Être juste ne signifie pas dire oui à tout, ni de dire non à tout, ni baisser les bras.
Il y a des décisions très dures et très importantes qui demandent d’y réfléchir longtemps, et de s’y préparer. Il y a dans cette rencontre, la séparation qui se rapproche, le jour où l’enfant prend son élan pour créer sa propre vie, le jour où la mort de vieillesse inévitable emporte les parents. Il y a la nécessité à se préparer à cela en essayant d’y penser, et d’être juste dans nos pensées, dans nos paroles, dans nos actes.
Il y a des décisions qui viennent et qui sont indépendantes de nous les parents, mais qui nous demandent d’y réfléchir, et de nous y préparer. Pour ne pas fléchir, pour ne pas regretter. Pour vivre le présent conscient du après. Pour anticiper avec empathie… Discernement. Bienveillance. Sagesse.

Nos enfants, enfantés, adoptés, ne nous appartiennent pas. Ils s’appartiennent à eux-mêmes. Comme a dit Khalil Gilbran :
- « Les parents sont l’arc, les enfants la flèche. »
Le jour où les enfants partent, on peut les conseiller, les soutenir, mais on ne peut pas faire leur vie à leur place. On ne peut les aider que si eux-mêmes s’aident. On peut les sauver du naufrage, mais on ne peut nager pour eux.

Un jour je t’ai remis à la vie. J’ai accepté que tu partes. J’ai prié la lumière. Non pas pour que tu me reviennes. Car ta vie est toujours à toi, elle se passe entre toi et la vie. Mais j’ai prié Jah, pour que toujours tu avances! Et je t’ai offert une seconde fois ma confiance. La première fois était à notre première rencontre. J’ai tenu mes engagements, je t’ai protégé, même si l’on m’a critiqué. Je t’ai remis à la vie.
Amour offert. Amour sincère. Amour authentique. Amour reconnaissant. Amour gratis.

J’ai prié la vie, pour que toujours tu suives ton chemin, le cœur propre, le regard lucide, les actes et intentions avec respect. Tes biens et ton savoir partagés à juste mesure avec tes frères et sœurs les humains. Car sans partage cet ego enfle dans son désir de pouvoir qui salit, qui détruit, qui déshumanise.
J’ai prié l’amour pour qu’il te guide et te protège. J’ai prié Jah pour qu’il te donne ce dont tu as besoin, pas moins, pas plus, à sa juste mesure, en fonction de tes efforts et de ce que tu as à réaliser.

Je t’aime mon enfant de la planète terre! Depuis le commencement jusqu’aux étoiles! Pour l’éternité.

Ecrit dédicacé à Cyril O.

Le pied de l’enfant qui touche terre

Licence Creative Commons
Vous êtes invité à imprimer, redistribuer, publier cet écrit, dans un but de partage altruiste uniquement. Toute modification est interdite, tout usage commercial est interdit sans autorisation écrite de l'auteur. Quelque soit votre mode de distribution, vous devez citer le nom et l'adresse web de l'auteur:

Ainsi que la licence Creative Common ci-dessous:

Pour intégrer la licence à votre site web, voici le code HTML qu'il vous faut:


Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.aurelia-dreulma-ecrivain.com/contact. Les droits d'auteur sont déposés à la SGDL, Paris.



Mots-clefs :, , , , ,





Si ce texte fait écho en toi, si tu penses que le travail d'Aurelia Dreulma mérite d'être soutenu, tu peux effectuer un don financier d'un montant libre. Cela permettra d'abord de couvrir les frais produits par la maintenance de ce site.

8 Réactions à
“Le pied de l’enfant qui touche terre”

» Abonnez vous au flux RSS des commentaires de ce billet

  1. Alain via Myspace dit :

    En tant que père cet article me parle beaucoup! Tu expliques vraiment comment l’enfant m’apprend à être parent, et j’en suis très touché.

  2. Rastarebelle via Myspace dit :

    Beaucoup d’émotions me sont venues en te lisant, car je n’ai pas pu avoir d’enfant. J’ai voulu adopter un enfant, et c’est très difficile. Bcp de paperasse et lois… J’ai donc parainé plusieurs enfants. J’avoue être chamboulé par ton écrit qui m’a fait fondre en larmes. Merci à toi pour ce si bel écrit.

  3. David via Facebook dit :

    Tes écrits méritent que nous le publique nous les fassions connaître au monde entier. Moi qui suis père et grand-père, ton texte me parle très fort! Bises à toi mon amie.

  4. Aurelia Dreulma dit :

    David P. Johnson a réalisé plusieurs traductions de mes écrits, dont celui-ci:
    « Le pied de l’enfant qui touche terre ». Pour y accéder voici le lien ici.

    Un grand merci à lui, cela donna une impulsion au projet de traduire mes écrits, et merci aussi à Meg qui a traduit le dernier:
    Une tibétaine en Europe / A Tibetan in Europe

    J’écris aussi en Espagnol, et pour palier aux difficultés des lecteurs qui ne connaissent pas toujours cette langue, j’ai commencé à faire des écrits traduits directement dans les deux langues français/espagnol. On peut trouver un exemple ici Recuerda te ser humano, et d’autres suivront en 2013…

    • Joce Guillon dit :

      Pleins d’émotions en te lisant aurélia..Moi qui a du mal avec les mots..Tu écris vraiment bien..Moi qui suis mère de 4 filles et grand-mère de 7 petits-enfants…Je me reconnais..Gros bisous…joce

      • A.Dreulma dit :

        Ce témoignage contient la philosophie Rasta qui nous vient de cette femme de culture mixte dont Africaine, mais il nous vient aussi du bon sens de la pédagogie pour le bien-être des enfants, d’où que l’on soit sur la carte géographique où la terre porte un seul peuple: Le peuple humain. J’ai tenue à mettre en valeur la philosophie Rasta dont on trouve en général peu d’écrits littéraires ou poétiques.

        Tu as chez toi l’âme de l’Afrique Joce! Je me permet de dire cela en connaissance de cause :-) Merci pour tout, des gros bisous ensoleillés à toi et toute la famille!

        Pour les personnes qui apprécient les écrits Rastas, voici quelques liens vers mes textes:
        Jah dessine des fleurs pour ses mômes
        Les noces du fils de Jah
        La source dans le désert
        Soleil au zénith (3/4)

  5. bruno dit :

    ENCORE ET TOUJOURS DES MOTS PLEIN DE JUSTESSE,DE TENDRESSE
    TE LIRE EST CHAQUE FOIS UN PLAISIR INTENSE, UN MOMENT JOUISSIF ET COMME
    JE ME DELECTE JE REGARDE SUR LA PAGE S ‘IL EN RESTE CAR JE NE ME LASSE PAS,JE M INHIBE DE TES PARFUMS ESSENTIELS ET IN FINE JE TREPIGNE A L ‘IDEE D ‘UN PROCHAIN TEXTE….MERCI AURELIA.

Réagissez

AVERTISSEMENT: Ici, votre parole est libre tant qu'elle respecte la libre expression de chacun. Tout commentaire tentant de perturber l’équilibre du débat, de lancer des polémiques stériles, d’annihiler toute conversation, l’utilisation d’expressions narquoises ou hors sujets, les insultes et provocations, les propos graveleux, racistes, et autres termes "…ophobes" sera supprimé. En cas de récidive insistante, l'auteur de ces propos sera définitivement bloqué. Merci de votre compréhension et convivialité.

» Abonnez vous au flux RSS des commentaires de ce billet

Si votre commentaire n'apparait pas tout de suite: soit il est en attente de modération, soit, attendre quelques minutes le rafraichissement du site.

Table des matières

Stop censorship